Zootrope & Co

Tribulations cinématographiques illimitées.

Ted

Me vient à l’esprit le mot: Lol.

 

Ted, de Seth MacFarlane

15/10/2012, 19h30, Salle D du Mk2 Bibliothèque

En allant voir Ted, je m’étais déjà fait une idée assez précise du film. Et pour une fois, mon intuition a été parfaite. Ted est donc un film moyen, ou pointe de temps en temps l’humour génial de Seth MacFarlane.

Enfin, Ted n’est même pas vraiment un film, c’est plus un support pour quelques punchlines et sketchs servis de temps à autres par Wahlberg, tout à fait à son aise dans un rôle de mec moyen un peu débile, et MacFarlane, qui s’amuse comme un fou dans la peau de cet ours en peluche vivant. Ours franchement réussi,  numériquement parlant, et au sens de la répartie certaine. De ce côté là, c’est absolument réjouissant, entre les références innombrables,  les piques bien senties sur Hollywood et l’Amérique et les délires comme le passage Flash Gordon. Il faut à tout prix mentionner le rôle magistral de Ryan Reynolds, qui n’a jamais été meilleur: moins d’une minute à l’écran, pas de texte, dans le rôle d’un homo un peu étrange. Parfait.

Le seul problème de ce film est que ces quelques moments hilarants sont éparpillés dans une romcom d’une banalité sans nom, réalisé de manière plate et franchement sans surprise. Même si cela peut-être compréhensible pour vendre la chose au plus grand nombre, j’aurais de loin préféré que l’irrévérence et la folie de MacFarlane teinte aussi le scénario balisé de questions bateaux comme la responsabilité de l’homme et son engagement envers sa copine. D’ailleurs, c’est peut-être un des défauts de film, le personnage de la copine (Mila Kunis, fracture complète de la rétine, bam) n’est absolument pas utilisé ni même un tant soit peu écrit. Elle plaisante vaguement avec son copain qui est quand même un loser de première, et on se demande dès le premier quart d’heure pourquoi elle aime ce type et qu’elle lui pardonne à peu près tout, surtout que le mec ne changera absolument pas jusqu’à la fin du film. C’est là que se trouve la limite de Ted. Même si je trouve de bon ton de ne pas céder aux sirènes de scènes too much façon Appatow voire frères Farrelly, comme un scène trash où l’on rigole de manière presque forcée, il y a quand même des moyens d’écrire des comédies plus subtiles et moins bipolaires. Ici, on fera plus avance rapide jusqu’au scènes de Ted à l’aquarium, Ted et son manager (…), bref mieux vaut revoir un épisode d’American Dad, au moins, on rigole tout le temps.

Prometheus

Prometheuuuuuuuuuus!

 

Prometheus, de Ridley Scott

31/05/2012, 20h00, Salle A du MK2 Bibliothèque

Damon Lindelof est un gros connard. Vraiment. J’étais déjà au courant depuis la série Lost. Après tout, réussir à empiler un scénario prenant avec un amoncellement d’incohérences, de questions en l’air et de je-m’en-foutisme assez fulgurant requiert un certain talent. Alors oui, Damon Lindelof n’est sans doute pas dénué de talent, mais il n’en reste pas moins un gros connard. Les quelques bons côtés de Lost ne sont sans doute pas de sa plume (mais de celle de J.J.Abrams); je pensais plutôt à quelques comics dont Lindelof a écrit les histoires et qui sont étonnamment bons.

Avec le scénario de Prometheus, le bonhomme semble avoir tout donné en matière de connerie. C’est bien simple: je ne pense pas avoir déjà vu un tel scénario. Les thèmes du film sont, au premier abord, passionnants. Même si on sent un petit côté « Menu Maxi Best Of des Grandes Questions », c’est relativement agréable de se voir proposer une réflexion sur les origines de la vie, sur la créativité, sur l’I.A, sur la filiation, sur le cycle de la vie. Bref, on est dans du lourd. Bien entendu, aborder des thèmes aussi profonds demande sans doute une part de subtilité, mais aussi de mystère. Le grand problème que j’ai eu avec Prometheus se situe ici: il ne faut pas confondre mystère et incohérence.

Prometheus est d’une incohérence totale. Je ne comprends pas comment on peut apprécier le scénario: il suffit de quelques minutes pour lister des erreurs incroyables, des failles de scénario inouïes et surtout, les portraits d’une troupe d’abrutis profonds censés être une sorte de « crème de la crème » des scientifiques intergalactiques. Alors j’suis pas un Odieux Connard, je vais pas référencer les maintes incohérences qui rendent Prometheus ridicule (même si j’aimerais évoquer ici un spécialiste de la cartographie aux sphères GPS qui arrive à se perdre dans un tunnel circulaire), car le vrai problème n’est pas là, le vrai problème c’est que derrière son scénario ahurissant de connerie, le film est d’une beauté assez sidérante.

Je parle ici strictement en terme d’image et de réalisation. Même si je ne suis pas vraiment convaincu de certains choix artistiques, particulièrement dans les designs de créatures, il faut bien le reconnaître  Scott offre ici une festival de plans magnifiques et de superbes séquences. Rien que l’introduction, quand on n’ est pas encore atterré par le crétinisme de l’histoire, colle une baffe complète à la rétine. Et surtout, il est tout à fait réjouissant de voir que Scott ne sombre pas dans les poncifs modernes des films à grand spectacle, oublie les caméras parkinsoniennes et les cuts à foison. Niveau casting, difficile d’apprécier l’interprétation de certains personnages tant leurs actions relèvent de la débilité la plus complète. Ainsi, Idris Elba, un des hommes les plus classes du monde, passe pour un abruti vaguement héroïque;  Charlize Theron pour une profonde idiote… La palme revenant à Fassbender dont le personnage est tout simplement au-delà de l’incompréhension. C’est à se demander s’il n’aurait pas été préférable de voir des acteurs de séries Z remplacer cette brochette de grands acteurs: le film aurait pris sans doute un tour comique réjouissant.

Je ne vais pas m’éterniser sur ce film, qui représente tout de même une sacrée déception à mes yeux. Et il reste pour moi un profond mystère: comment Scott, qui avait tout compris dans le premier Alien, a pu laisser son film sombrer dans de telles abysses de marasme scénaristique. Je reste persuadé que le matériau de base avait tout pour donner un film superbe, mais je ressors doublé d’une conviction encore plus profonde, il faut vite dissoudre Damon Lindelof avant qu’il ne s’attaque à d’autres classiques de la S.F.

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Cette manie de mettre 3D sur les affiches m'agace profondément.

 

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, de Steven Spielberg (The Adventures of Tintin: Secret of the Unicorn )

31/10/2011, 14h00, Salle Panoramique du Max Linder

J’suis assez déçu par ce Tintin, dommage vu que ça faisait un bon moment qu’on l’attendait.

Point positif: Weta Digital, mais ces mecs sont fous. C’est juste incroyablement beau au niveau lumière, textures, effets. Les modélisations sont incroyables, le mix très casse-gueule entre les images simples d’Hergé, un réalisme et la tronche des acteurs est juste super bien trouvé, les fringues, l’eau, mais juste allo. Ces mecs sont puissants.

Sinon ce qui m’a déplu: dans un premier temps c’est le scénario, le mélange des trois albums est assez moyen, pas mal de pistes lancées, mais l’ensemble est peut-être un peu trop simplifié. Les quelques notes d’humour m’ont paru hors-propos (les « rots » de Haddock) alors qu’une d’elles tombe vraiment juste, celle de la porte verrouillée sur la boisson. Dans le genre »trucs étranges », Tintin qui fait un peu nawak souvent et s’en remet à la chance, genre je défonce des maisons sans souci et je détruis une ville, je fonce avec ma bagnole n’importe où. Il manque aussi un aspect de Milou, qui est le vecteur des émotions de Tintin. Autant le côté chien débrouillard marche très bien, autant le reste, bof.

Mais le gros truc qui m’a contrarié c’est la réalisation. Spielberg est un putain de virtuose, sa caméra virevolte partout tout en gardant une formidable compréhension de l’action, les éléments de décor servent de manière tout à fait originale, bref, la maîtrise est grande niveau mise en scène. Mais POSE TA CAMERA MEC! Sérieux, même dans des scènes qui ne demandent pas de mise en scène complexe, c’est toujours un festival de rotations, de travellings et autres mouvements de caméra. C’est vraiment pesant. Genre Tintin va se faire écraser, la caméra part en 1080°, c’est inutile, peut-être impressionnant, mais inutile. Tintin va récupérer une clef, la même. Les seules scènes posées sont vraiment appréciables (le réveil après le désert, la scène chez le pick-pocket) mais sont bien trop rares. L’enchaînement des séquences d’action y est aussi pour beaucoup, vers la fin ça ne s’arrête jamais, du coup les mouvements spectaculaires finissent par lasser, limite agacer, et tombent dans un systématisme énervant. Et par-dessus ça la musique souligne l’action de la même manière, ce qui est aussi profondément lassant. J’aurais préféré que la caméra 3D se réserve pour les moments où cela aurait pu se justifier, le flash-back surtout, qui est vraiment très bien mené, et laisse la place à une réalisation plus classique  le reste du temps (Pixar l’a compris depuis longtemps). Et venant de Spielberg, ça m’étonne, vu le rythme impeccable des Indiana Jones, vu que le parallèle est évident. Enfin non, je corrige, on a les mêmes travers que dans Indy 4, amplifiés par les possibilités du tout numérique.

Restent quelques références bien pensées à l’univers de Spielberg (même si on se demande ce qu’elles viennent foutre dans le film): l’hélice, le plan sur le bateau en flammes, la mèche/Jaws, et l’univers qui reste assez fidèle sauf chez Ben Salaad (Gad Elmaleh incarne un figurant, donc), gros ratage artistique je trouve. Par contre, il manque un peu le côté découverte / exploration de Tintin à mes yeux de grand enfant, on plonge trop vite dans l’action frénétique. Et je suis déçu de pas voir apparaître Tournesol à la fin.

Je reste quand même curieux de voir l’éventuel film de Jackson, l’outil et la technique de Weta étant incroyables.

Les Invités de mon Père

Une jolie affiche française. Oxymore détectée.

 

Les Invités de mon Père, de Anne Le Ny

01/04/2010, 20h05, Salle 1 du Mk2 Quai de Seine

Dans le petit monde de la comédie dramatique française, dont je ne suis pas, osons l’avouer, un fervent admirateur ni un grand connaisseur, il ne faut souvent pas grand chose pour faire sortir un film de la norme. C’est ici un beau duo d’acteur qui m’aura fait apprécier celui-ci, Luchini et Viard.

Deux acteurs que j’ai toujours appréciés, leur seule présence apportant le plus souvent un peu de relief au plus plat des scénarios. Les Invités de mon Père ne déroge pas à la règle assez immuable du film français: le classicisme est de rigueur dans le scénario, la réalisation. Bref, c’est un chemin balisé que nous fait emprunter le film. Quelques petites trouvailles scénaristiques émaillent toutefois le film, si je dois être tout à fait honnête. Ainsi, autour de l’histoire attendue de ce vieux monsieur qui « accueille » une immigrée de l’Est et sa fille, c’est surtout dans les répercussions de cette situation sur la famille du vieil homme qu’est à trouver ce qui donne au film sa saveur. Pour autant, le rôle de Michel Aumont, devenant plutôt émouvant dans le dernier tiers, échappe tout habilement aux clichés.

Là ou mon appréciation de Luchini aurait pu se trouver nuancée, c’est qu’il a parfois tendance à vampiriser légèrement les films auquel il contribue (ce qui m’amuse beaucoup, soit-dit en passant). Il est pourtant ici d’une sobriété impeccable, sauf au détour de deux-trois scènes un peu plus légères. Il les partage avec Karin Viard, et ce sont des moments drôles et touchants, qui illustrent à merveille le propos du film. Propos qui est peut-être ici la faiblesse de ce dernier: l’exercice de jonglage périlleux qu’il tente, entre la comédie, le drame et la volonté de défendre trop de thèmes finit par aseptiser une grande partie du film. Un mal typiquement français que les acteurs, ici fort bien dirigés, arrivent sans peine à faire oublier. On notera aussi les quelques moments de petite audace scénaristique, qui font se poser, il me semble, les bonnes questions sur le sujet abordé.

Là-Haut

 

Là-Haut, de Pete Docter et Bob Peterson (Up)

02/08/2009, 11h00, Salle B du MK2 Bibliothèque

Entamons cette critique avec une confidence, je commence à perdre ma foi en Pixar. Il fut une joyeuse époque où l’arrivée sur les écrans d’un film d’animation provenant du studio d’Emeryville me rendait tout aussi excité qu’un enfant se préparant à déchirer l’emballage des papiers cadeaux au petit matin de Noël. Et puis, je ne sais pas, j’ai peut-être égaré mon âme d’enfant, j’ai peut-être mal accepté la douloureuse bande-annonce de Cars 2, mais voilà bientôt deux ans que je n’ai pas acheté une place pour un film Pixar.

Up représente peut-être une sorte de fracture dans mon amour de ce studio, car il cristallise son meilleur et pourtant commence à montrer quelques signes de faiblesses dans leurs longs-métrages.

Pour l’instant, commençons par le début du film, mais aussi ce qui fait son génie, le premier quart d’heure. Avec une simplicité étonnante, le film présente son héros et sa vie auprès de sa compagne, jusqu’au décès de celle-ci. Rarement un film d’animation, et peut-être un film tout court, aura su se montrer aussi juste, aussi émouvant, drôle dans une simple séquence au fil des âges. Il y a franchement quelque chose proche de la perfection. Un petit bijou, qui pousse son excellence jusqu’au refus de trop verser dans l’émotion. Bref, une idée de la justesse assez incroyable. Dire que le film peine à retrouver la puissance émotionnelle de son début est certain, mais il tente presque un virage surprenant.

Le film est sans doute le long de Pixar, le moins construit, ou plutôt le plus délirant. Passées l’introduction et cette très belle idée de cette maison qui flotte, on se retrouve vite entouré de chiens parlants, de dirigeable géant, d’oiseau farfelu et de course-poursuite perpétuelle. De cette amoncellement d’éléments fantaisistes, on retiendra quelques moments vraiment drôles, surtout servis par le quatuor que forment Mr Fredericksen, Russell le Scout, Dug le chien parlant et Kevin le Dabou (?). Le film aurait sans doute gagné en légèreté si nos amis ne se retrouvaient pas aux prises d’une vieil explorateur malfaisant et de son armée de chiens. Bien que leur intervention dynamise le récit pour mener le film à une cadence effrénée dans sa seconde moitié, elle rend le film presque trop disparate dans sa narration. Le talent de Pixar rend bien entendu le tout d’une qualité bien supérieure à la plupart des autres films d’animation; mais il m’a quelque peu déçu, d’autant que la conclusion, si elle réserve une petite subtilité scénaristique, est convenue au possible.

Alors je ne sais pas si ce sont les histoires plus formelles mais bien mieux construites de The Incredibles et Ratatouille qui relèguent celle de Up au rang de méli-mélo d’idées sympathiques mais un peu vaines. Wall-E souffrait des mêmes défauts à mon sens, un introduction magnifique et émouvante suivie d’un récit enthousiasmant, mais peut-être un peu vain, malgré les trouvailles évidentes.

Pour autant, Up est graphiquement et techniquement incroyable. Avec pour seul bémol, assez voisin de mes réserves concernant le scénario, une étrange disparité dans le design des personnages secondaires. Le reste est merveilleux, que ce soit l’anatomie étonnante de Mr Fredericksen qui contraste à merveille avec son jeune ami tout en rondeur; l’animation délirante de Kevin, la beauté des décors (que le relief, ici utilisé intelligemment pour donner une belle profondeur, c’est à noter)… Alors même si Pixar peut émettre quelques signes de faiblesses dans leurs différents scénarii, leur fibre artistique, renforcée par leur volonté de toujours pousser la technique au service de leur histoire, reste une valeur sûre et probablement encore indétrônée.

Blindness

Flou, saturé, cool story!

 

Blindness, de Fernando Mereilles

12/10/2008, 16h10, Salle 4 du MK2 Bibliothèque

En allant voir Blindness, je dois dire que je m’attendais à du lourd. Après tout, Meirelles m’avait déjà servi du lourd avec La Cité de Dieu, et  The Constant Gardener avait confirmé ma bonne appréciation de ce réalisateur brésilien.

Donc le voir s’attaquer à un sujet comme une vague de cécité qui touche l’humanité, je m’étais dit: « Woh, woh, ça va être bien woh. » Et le casting est on ne peut plus sympathique, c’est sélectionné à Cannes (encore que, ça ne veut pas dire grand chose), c’est adapté d’un Prix Nobel… Enfin voilà, je le sens bien en m’installant dans mon fauteuil.

120 minutes plus tard, j’ai la très nette impression que Fernando m’a pris pour un con. Et pas qu’un peu.

Premièrement, le mec fait un film sur l’aveuglement. Donc là, au milieu de la réunion entre Fernando, son directeur artistique, son chef de la photo, son assistant réal’ et tous les autres mecs qui ont un petit mot à dire, y’a un gars qui a eu l’idée brillante de se dire: « Hey mais si on faisait des effets visouels comme si on est aussi touchés par l’avouglement » (y’a beaucoup de brésiliens dans l’équipe technique). Mais dis-moi mais c’est de la bonne idée mec. Et donc c’est parti pour toute la gamme de réalisation pour détériorer l’image: flous, surexposition, cadres obstrués… Bref c’est une démo de film d’étudiant qui fait joujou avec les options After Effects. Et vers la fin du film, concept ultime de réalisazionne: « Ma si à oune moment on est aussi avougle, si? ». May çay génial! Donc l’héroïne  qui est « immunisée » à la cécité, se retrouve dans le noir pendant quelques minutes. On entend donc des sons sans images pendant quelques minutes. C’est tout aussi bien pensé que particulièrement lourd à regarder.

Mais bon, si ce côté « je me regarde faire joujou avec la caméra » était compensé par un scénario subtil et surprenant, j’aurais pu le pardonner.

Que nenni. Bon on sait que les humains c’est des méchants, de base. Mais une fois aveugles, on est vraiment méchants. Donc après avoir parqués les aveugles dans une prison, où l’héroïne suit son mari en faisant semblant de perdre la vue, ils sont livrés à eux-mêmes. C’est donc des micro-sociétés qui s’organisent, et c’est subtil. Y’a les gentils qui s’essaient à la démocratie, mais qui se font dépasser par la monarchie totalitaire du dortoir à côté, et les femmes sont obligés d’offrir leur corps pour avoir des sandwiches. C’est malsain au possible, et le film insiste bien sur ce côté. Bien entendu, la gentille qui voit se décide à buter le méchant, et elle brûle leur dortoir mais ça brûle toute la prison, du coup ils sortent et c’est le chaos partout. Ils s’installent donc avec les gentils dans leur appart’ après avoir récupérer des sandwiches et le patient zéro, qui est avec eux car le scénario est bien, retrouve la vue sans explication. Donc Julianne Moore perd sa « supériorité ». Je m’attendais vraiment à ce qu’elle se crève les yeux, pour faire rajouter encore un bon cliché, mais non.

Du coup j’ai trouvé ça grossier, mauvais, mal fichu, bref j’ai été déçu de manière profonde. Encore, si cette dénonciation des bas instincts de l’humanité aurait été un peu plus subtile, le film aurait peut-être un minimum d’intérêt. Car, en l’état, c’est le pire truc que j’ai vu ces dernières années au cinéma. Pouah.

Vicky Cristina Barcelona

 

Vicky Cristina Barcelona, de Woody Allen

08/10/2008, 22h10, Salle 1 du MK2 Odéon

Il est difficile pour moi d’être objectif concernant un film où Scarlett Johansson joue une blonde un brin impulsive en quête, soyons clairs, d’aventures, et qu’elle croise la route d’une Penélope Cruz qui peint en salopette. Et puis elles sont dans une chambre noire et… Mais sachons raison garder pour parler de ce qui fut, il me semble, le dernier film de la période européenne de Papy Allen, avant d’y revenir récemment.

Bon, je dois bien dire qu’à part le charme de ces actrices (auquel Rebecca Hall contribue, il faut le noter, dans un rôle tout à fait charmant), je ne me souviens pas de grand chose. On est ici dans un marivaudage assez classique,  assistant à une sorte d’inversion presque systématique de la personnalité des personnages, bref rien de très novateur quand on connaît un minimum la filmographie d’Allen. A ceci près que l’ensemble semble bien moins subtil et intéressant que ses précédentes variations sur des thèmes voisins. Allen semble se reposer ici sur le « charme » de l’Espagne, qu’il décrit avec l’enthousiasme d’un guide d’office du tourisme, comme il pourra le faire avec Paris ou Venise.

On pourra sauver du film un certain charme dans les dialogues que partagent Javier Bardem, parfait de virilité et de séduction et les deux américaines du film, ou simplement apprécier cette sorte de parenthèse ensoleillée.

Appaloosa

Sur l’affiche comme dans le film, gommer Zellweger aurait été judicieux.

 

Appaloosa, d’Ed Harris

02/10/2008, 22h00, Salle 2 du MK2 Odéon

Ed Harris est un acteur que j’ai toujours aimé, et ce dans les nombreux films où il apparaît. Par contre, le nombre de ses réalisations est beaucoup plus modeste, Appaloosa étant son deuxième et dernier film à ce jour.

Comme dans le sympathique mais calme Pollock, le film est empreint d’un classicisme évident. On est dans un respect studieux des vieux westerns, autant dans la réalisation que l’interprétation très classe d’un beau trio: Ed Harris, donc, son adjoint Viggo Mortensen contre Jeremy Irons. Les seules touches originales viennent du personnage féminin (Renée Zellweger, difficilement supportable) qui est présentée comme une femme fourbe et arriviste, et dont la relation avec Harris sera ponctuée de scènes assez pittoresques, presque hors-sujets dans le sérieux du film. Du coup, leur relation manque de peu de substance quand le vrai couple du film est à mes yeux celui des deux adjoints, couple qui finira brisé par les choix des personnages, Mortensen étant d’une dévotion sans faille à Harris qui se laisse manipuler par Zellweger.

C’est plus un beau portait d’hommes solides, avec un Western pour toile de fond. Les scènes habituelles de duel sont présentes, mais ne constituent pas le cœur du film, ce qui est aussi une petite originalité. Le seul regret viendra peut-être de l’aspect un peu classique du scénario, sans doute ancré dans le schéma classique du western, et dépendant un peu trop des actions du personnage féminin. Dommage, celui-ci constitue le seul point faible du film, en terme narratif et d’interprétation. Par ailleurs, la réalisation est sobre , efficace et les images franchement classes, et je me suis mis à regretter la présence de Zellweger qui empêche au film de se doter d’un scénario bien plus subtil, plus axé sur les deux adjoints, qui aurait pu amener le film à un niveau digne d’Impitoyable, où les héros seraient cette fois loyaux et bons.

En espérant voir un jour Harris retrouver le chemin de la réalisation, lui qui distille quelques pointes d’originalité dans les chemins balisés des films classiques américains.

Cliente

Les affiches françaises sont un art à part...

 

Cliente, de Josiane Balasko

01/10/2008, 20h15, Salle 3 de UGC Ciné-Cité les Halles

Moi qui espérais en allant voir le nouveau Balasko me retrouvait devant un film du mordant de Gazon Maudit (qui devait beaucoup à Chabat, quand même). Et bien non, je me retrouve devant un film assez mou, assez mal filmé, assez mal joué, donc la seule originalité sera au final de présenter le problème de la prostitution sous l’angle de la cliente. Mouais… Le film se montre pourtant assez juste dans le portait de la famille du gigolo en opposition à celle de Nathalie Baye (qui joue comme elle aurait pu jouer n’importe quel film), mais le propos est sur-ligné par une voix-off tout simplement exaspérante qui écrase le spectateur dans son siège.

On pourra noter que le film a le bon ton de ne pas émettre du jugement sur la situation de cette femme, ni de son jeune amant, mais le scénario a tendance à se laisser aller quand la femme de ce dernier rencontre la « cliente ». Le film tourne donc franchement en rond, et les seules scènes à présenter un petit intérêt sont celle entre Nathalie Baye et sa soeur, jouée par Balasko, qui sont en désaccord total sur la gestion de leurs relations amoureuses. C’est bien maigre.

Entre les Murs

 

Entre les Murs, de Laurent Cantet

29/09/2008, 21h45, Salle A du MK2 Bibiliothèque.

Ha oui, tiens, la Palme d’Or 2008. En général je suis toujours un peu réticent à découvrir le Palmé de l’année, ce qui revient à se manger le nouveau Dardenne une année sur deux. Mais bon je suis mauvaise langue, donc parlons plus du film adapté du bouquin de François Bégaudeau, dans lequel il tient le rôle principal. Le mec a été critique ciné aux Cahiers, donc je ne m’attends pas à une comédie potache sur le collège. Le film, justement, eh bien je suis partagé.

D’un côté, c’est un assez brillant exercice  de réflexion sur le rôle de l’enseignement, sur la place du professeur / la place de l’élève et sur les problèmes de l’éducation de nos jours. Les collégiens choisis pour interpréter la classe sont franchement épatants, arrivent à faire sourire comme à émouvoir, bien que le film n’échappe pas au fait mettre en avant quelques élèves qui correspondent aux stéréotypes évidents d’une classe de collège. Bon, ce n’est sans doute pas un vrai défaut, et ce n’est pas le cœur du film, qui cherchera plus à montrer comment peut se créer le dialogue entre un professeur et ses élèves, et comment il peut assez vite perdre pied dans sa propre classe suite à une erreur de jugement.

C’est là que le film m’a un peu dérouté. Le sujet, certes intéressant, n’aurait-il pas mérité un documentaire plutôt qu’un film?… On ne quitte jamais l’école dans le film, on suit le professeur en salle de classe, en conseil de classe, dans la cour de récréation. Pourquoi ne pas s’appuyer sur quelques vrais collégiens, et dresser leur portrait vis-à-vis de l’école d’aujourd’hui? Je ne comprends pas vraiment le besoin d’ « écrire » un rôle à certains collégiens. C’est la dernière partie du film qui m’a un peu donné la réponse. Un des élèves se retrouve avec les errances administratives des professeurs en conseil de discipline et il finira exclu, ce qui aura des répercussions sur toute la classe, et sur son rapport au professeur. L’exemple doit être courant dans les collèges, mais il donne au film une structure que le début semblait refuser. C’est presque un constat d’échec de la part de l’ensemble du corps enseignant, alors que la première partie arrivait à distiller quelques bribes d’espoir dans la communication et l’envie d’apprendre des collégiens. Et la réalisation du film est d’une subtilité assez exemplaire, elle restitue vraiment toute l’énergie des gamins et leurs joutes improvisées avec le professeur. Joutes qui donnent quelques dialogues mémorables et franchement drôles.

Bref, je trouve ce film réussi, et assez important pour être souligné d’une Palme d’Or.

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